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 Le garçon aux cheveux blancs

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onolya



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Date d'inscription: 25/11/2011
Age: 15
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MessageSujet: Le garçon aux cheveux blancs    Dim 18 Déc - 14:44

Alors voila... Je mets tout mon texte d'un coup... désolée si ça fait un peu long...
J'attends vos avis Wink

Un garçon me faisait face, la tête baissée vers le sol. Il soufflait de petits nuages de buée. Il avait une quinzaine d’années, je ne voyais personne autour de lui. Il semblait être seul. Je m’approchais encore et me posais une question : pourquoi était il tout seul sur une route de campagne ? Je trouvais ça très étrange sans me rendre compte que j’étais moi aussi sans mes parents. Je le détaillais de la tête aux pieds. Je ne pouvais pas voir son visage mais il portait un gros manteau noir, un bonnet noir, une longue écharpe noire, un pantalon noir et des chaussures épaisses noires. Je posais la question qui allait changer ma vie pour toujours. Une question anodine :
- Ou sont tes parents ?
Je sais très bien qu’on ne dit pas ça à quelqu’un quand on lui parle pour la première fois mais je suis incapable de me retenir de dire n’importe quoi. Les mots sortent tous seuls de ma bouche, je ne les contrôle pas, et lui demander ou étaient ses parents me semblait être la chose la plus importante de ce que je voulais savoir.
Quoi qu’il en soit, il releva la tête.

Personne, pas même une mère, n’aurait voulu d’un garçon aux yeux blancs, sans pupilles et sans iris. Les mèches de cheveux qui dépassaient de son bonnet étaient blanches, presque transparentes. Non, vraiment personne n’aurait voulu de lui.
Il était beaucoup trop étrange, trop différend. Il n’aurait même pas du naitre, en réalité.
Il paraissait totalement perdu, il avait l’air surpris. Surpris que je sois la et peut être que je ne me sois pas enfuie en courant.
- Ils sont… Restés à la maison.
Cette réponse a le don de me surprendre… Un adulte responsable ne laisserait jamais un enfant seul dans la campagne. Les bêtes qui y rodent sont vraiment dangereuses.
Elles sont généralement le produit d’expérimentations longues et complexes. Beaucoup de savants s’amusent à mélanger les espèces, à en créer d’autres, qu’ils relâchent parfois dans la nature. Leurs créations sont souvent agressives, et elles attaquent tous ceux qui passent à leur portée.
Sans même parler des créateurs illégaux qui n’ont aucun scrupule… Leurs animaux sont des plus étranges et se répandent à la vitesse de l’éclair.
Là, je prends conscience que je suis exactement dans la même situation que lui… Enfin pas tout à fait puisque mes parents ne sont plus vraiment là. Les mots affluent de nouveaux dans ma bouche, encore dans le désordre, comme d‘habitude – en puis, plus je suis surprise, plus mon esprit est en désordre…
- Bonjour. Comment tu t'appelles ? Pourquoi est-ce que tu as les cheveux blancs ? Qu'est ce que tu fais ici ? Tu es perdu ? Tu as quel âge ? Qu'est ce que tu aime faire ? Où est-ce que tu habites ? Pourquoi tu ne réponds pas ?
Je m’étonne, je m’étonne, mais vu le nombre de questions que je lui ai posé…
Je vois ses yeux s'agrandir. Ses mains se mettent à trembler, il a peur. Je le sens dans sa manière de se tenir, comme s'il était prêt à s'enfuir en courant au moindre signe de danger. Je m'approche encore un peu, et, tout doucement, pose ma main sur son épaule. Étrangement, je ne veux pas qu'il parte, je veux qu'il réponde à mon insatiable curiosité.
- Ne t’inquiète pas, je ne vais rien te faire... Je m'appelle Lyom. J'ai l'habitude de me promener dans la campagne, je le fais depuis que je suis toute petite.
Je sens que tous ses muscles sont tendus sous son manteau. Et son regard... Il a l'air totalement perdu, et en même temps, je sais que ce que je viens de dire a réveillé des souvenirs terrifiants.
- Est-ce que tu es perdu ?
A cette question, je le vois baisser la tête. Et de toute façon, je le sais bien, qu'il est perdu.
- Oui, je me suis perdu... me répond-il à voix basse.
- Tu voulais aller où ?
Je connais la région comme ma poche, dans laquelle se trouve d'ailleurs une carte détaillée...
- Je ne sais pas... Je ne veux pas retourner en ville.
Il jette un coup d’œil apeuré derrière son épaule, de là d'où il arrive.
- Ils me cherchent, ils me veulent, ils veulent me retrouver...
Sa voix n'est qu'un souffle, mais elle est emplie de terreur, comme si ceux qui le cherchaient aller arriver pour le ramener je ne sais où. C'est horrible ! De quoi peut-il donc avoir autant peur ?
Je regarde à mon tour. Mais rien, ni personne. Comme d'habitude.
- Ceux qui te cherchent ne sont pas encore là. Mais qui sont ils ?
Il ne répond rien. Mais je sens sa terreur monter d'un cran.
- Bon... On y va. De toute façon, il commence à faire froid, alors autant bouger un peu. Je te montrerais ou j'habite, si tu veux. On pourra prendre du chocolat chaud.
Ses yeux s'éclairent. Un peu. C'est déjà ça de pris. Je me retourne pour rentrer, mais il ne bouge toujours pas.
Je kidnappe sa main droite, et me remets à marcher. Là, il me suit. de toute façon, il n'a pas le choix. Ses doigts sont vraiment très froids.
Mais pourquoi donc ne parle-t-il pas ? Dès que je suis avec quelqu'un de silencieux, c'est plus fort que moi, je me mets à dire n'importe quoi :
- Regarde ! Ce sont des Alanox ! Tu savais que ces oiseaux ont étés créés il y a déjà 6 mois ? C'est l'une des rares espèces qui ne détruit pas l'écosystème de la planète ! Au contraire, il parait que leur salive est bourrée de nutriments propres à la régénération de certaines plantes ! Tu vois la drôle d'herbe, là ? Si elle est violette, c'est parce que, quand on était petits, certains écologistes ont déversé sur le sol ce qu'ils pensaient être du fertilisant, mais en fait, au lieu de nourrir toute la flore, elle n'a servi qu'à une espèce d'herbe, qui a tout dévoré en quelques jours à peine. Mais aujourd'hui, dans certains endroits comme celui-ci, l'herbe est devenue violette. C'est rigolo, non ? Et tu sais quoi ? Je suis une pro du chocolat chaud ! Normalement, mes parents ne sont pas là, mais de toute façon, ça n'a pas d'importance que tu sois là ou pas pour eux. Dis-moi, est-ce que tu crois en Dieu ? On arrive, regarde ! C'est une vieille maison mais mes parents on rénové le système de chauffage et d'apport en éléctr...
- Non.
Sa voix a retenti, presque furieuse.
- Pourquoi y aurait-il un Dieu ? Ou même plusieurs ? Ça n'a aucun sens, si quelqu'un avait le pouvoir de changer le monde, il aurait agi depuis longtemps ! Tout est si triste, maintenant...
La encore, je suis surprise...Je sens que je ne vais pas m'ennuyer avec lui ! Mais en attendant, je ne peux pas supporter de voir ses yeux déjà étranges devenir tristes...
- On fait la course jusque chez moi ?
Il acquiesce à ma proposition après une courte hésitation. Je démarre sans donner de signal. J'essaie de donner tout ce que j'ai dans les jambes. Ça à toujours été un très bon moyen pour moi d'arrêter de parler. Plus je m'essouffle, moins je suis capable de prononcer un mot... C'est plutôt pratique, non ? Non ? Bon d'accord, ça n'a rien d'utile...
Je suis devant lui mais j'ai un avantage : je connais chaque centimètre carré du chemin.
Mais il me rattrape, apparemment sans effort. D'ailleurs il ne fait pas que me rattraper, il dépasse... Comment fait-il ? Il n'est même pas essoufflé ! Je déboule dans la cour de la maison sur ses talons.
Il a déjà effleuré du bout des doigts la porte rouge. Je cherche à reprendre mon souffle pendant que j'ouvre. Une fois entrée je remarque qu'il ne rentre pas... Il reste sur le seuil, incapable d'avancer.
- Tu viens ? Qu'est ce que tu attends ? Allez !
Il hésite encore un peu puis entre. Il referme la porte. Je me dirige vers la cuisine tout en retirant mon manteau que je jette sur une chaise. Ça n'embêtera pas mes parents. Ils ne le remarqueront sans doute même pas, comme ils ne remarquent pas le désordre ambiant. Je prends le bocal qui contient un chocolat en poudre délicieux. J'attrape une des nombreuses casseroles qui, accrochées par ordre décroissant sur un mur, me renvoient mon reflet. Il y a toujours eu un drôle de contraste chez moi : on ne fait pas plus bordélique que notre salon mais la propreté y règne en maître... Maman est maniaque mais d'une façon qui n'appartient qu'à elle. Je fais chauffer du lait puis me retourne vers ce garçon qui reste un mystère.
- Retire ton manteau, il ne fait pas froid. Tu ne veux toujours pas me dire comment tu t'appelles ?
- Arthur.
- Ok. C'est un vieux prénom, quand même.
Un grand silence envahi la cuisine. Je n'ai rien à dire. C'est rare. Étrangement, et pour la première fois de ma vie, ce silence ne me dérange pas. C'est sans doute à cause de lui. Petit à petit, je me plonge dans une torpeur un peu mélancolique.
Je constate qu'avant Arthur, je n'avais jamais invité qui que ce soit à la maison. Je n'en avais pas eu l'occasion. De toute façon, j'habitais bien trop loin de la ville et de l'école.
Le lait doit être chaud. J'en remplis deux grandes tasses, rajoute la dose nécessaire chocolat et le sucre et en tend une à Arthur. Je le pousse vers le salon et m'enfouis dans les coussins qui jonchent le sol près de la cheminée. D'un mouvement, je retire mes chaussures et approche mes pieds des flammes.
- Assied toi, dis-je à Arthur, qui n'a pas l'air de se détendre. Il fait plus froid aujourd'hui, non ? Alors, qu'est ce que tu fais dans la campagne ? Tu dois savoir que c'est par ici que le gouvernement a autorisé l'implantation de nouvelles espèces potentiellement dangereuses, non ?
- Non. Je n'ai pas pu suivre l'actualité, là ou j'étais.
Je bois une gorgée du nectar au chocolat dont l'arôme me fait saliver. Il m'imite et je l'observe. Ses longs doigts se serrent la tasse. Je remarque que tous ses vêtements sont noirs, et frappés d'un petit logo triangulaire.
- Tu étais où, avant ?
Il se tait. Son regard se perd dans les flammes, et lui, il reste immobile. Mais ses yeux se remplissent de larmes. Il a l'air tellement triste ! Je ne peux pas supporter de voir ça dans ses yeux à lui ! Mes parents, au début de leur longue agonie avaient eux aussi cette expression avant que l'indifférence ne la remplace. Je croyais m'être endurcie mais... Sur lui, c'était différent. J'avais l'impression de ne plus être tout à fait seule à devoir m'occuper de mes parents, à devoir supporter la lourde tache qui m'obligeais a lutter contre tous pour préserver mon indépendance.
Je lui retire sa tasse des mains et la pose avec la mienne près du feu.
Je le prend dans mes bras parce que je ne sais pas quoi faire d'autre. Je ne sais pas pourquoi je le console, je ne sais rien de lui mais ses larmes transparentes ont trouvées un écho en moi.
Ma main passe dans ses cheveux, comme ma mère le faisait pour moi. Avant. Je fredonne tout doucement à son oreille :
"Regarde au loin, tu verras
Demain peut être, un jour viendras
Nous serons là, tu verras
Et tu t'endormiras,
Dans mes bras."
C'était une berceuse de ma maman. Elle me la chantait souvent, le soir, ou quand j'étais triste. Arthur agrippe ma manche. Ses sanglots se font plus violents. Je le serre plus fort. Je sens sa tête contre mon épaule. Je sentis ses sanglots s'apaiser peu à peu. Je le lâchais avant que la situation ne devienne gênante.
- Je peux t'aider. Mais il faut que tu m'explique ce qui ce passe, et plutôt vite parce que d'ici deux heures, l'hôpital vient chercher mes parents.
Il hésite encore et se lance :
- J'ai été utilisé comme cobaye dans un laboratoire. Ils m'ont utilisé comme un objet, depuis mes 4ans.
Sa voix est hachée par les souvenirs douloureux. Il baisse les yeux, boit une gorgée de chocolat chaud et reprend :
- Au début, les spécialistes se sont intéressés à moi parce que j'avais une capacité de guérison plus élevée que la normale. J'étais à l'hôpital parce que je m'étais fait une fracture ouverte. Au bout, d'une semaine, les os de ma jambe étaient suffisamment solides pour que je puisse marcher. J'étais devenu un cas d'école. Les novices venaient pour m'observer sous toutes les coutures. Prises de sang, prélèvements et autres analyses se sont succédées jusqu'à ce qu'un homme étrange viennent me voir. Sans que je sache pourquoi, j'avais confiance en lui. Il m'a regardé, ausculté, pendant tout un après midi.
Puis il est sorti avec mes parents. Je les voyais discuter à travers la vitre de la porte de ma chambre. Au final, mes parents m'ont expliqué que j'allais partir avec le monsieur pendant quelques mois, et que je devrais faire tout ce qu'il voudrait. Ils m'ont dit que je n'irais pas à l'école, que je serais heureux, que ce serait comme des vacances. Je n'ai pas protesté. Mes parents me laissaient seul avec un inconnu pour une durée indéfinie. J'ai appris plus tard qu'en échange, ils gagnaient pas mal d'argent. A 4 ans, je me retrouvais seul dans un laboratoire. On m'avait trouvé un local, installé un lit de camp, donné beaucoup de jouets. Au début, je n'étais pas malheureux, au contraire. Je me suis plié aux exigences des "hommes en blanc". Au début, c'était plutôt facile, on me posait des questions on me faisait quelques prises de sang, m'auscultait, me faisait des scanners... Mais après... j'ai compris qu'ils voulaient aller plus loin. Ça faisait déjà plusieurs mois que j'étais avec eux quand ils ont commencé leurs opérations. Ils appelaient ça des expériences.
Au début, je ne me rendais pas bien compte de ce qui se passait. J'avalais sans discuter toutes les pilules colorées que l'on me présentait comme des bonbons, même si elles n'avaient aucun goût. Tu vois, mon papa et ma maman m'avaient dit d'obéir, et j'obéissais. J'avais peur que mes parents apprennent que je n'étais pas sage et qu'ils viennent me gronder. Ils n'hésitaient jamais à me frapper lorsqu'ils estimaient que c'était nécessaire, ce qui arrivait assez souvent. Et puis il m'arrivait souvent de sombrer dans des sommeils noirs, et de me réveiller longtemps après, couvert de pansements. Je ne disais rien. Les opérations se succédaient et je sentais mon corps se modifier au fur e à mesure. Je ne voyais plus la lumière u jour. Je m'enfonçais dans des abîmes de détresse. Un infirmier sans doute un peu plus charitable que les autres m'a dit clairement que je ne verrais plus jamais mes parents parce qu'ils m'avaient abandonnés. Je n'ai pas pleuré. J'en était incapable déjà à l'époque. Ils avaient trafiqué mes yeux. Je n'avais pas pleuré depuis 8 ans avant tout à l'heure. Ils ont tout trafiqué dans mon corps, ils m'ont utilisé jusqu'à la moelle... Ils testaient sur moi des produits qui me rendaient malade, rajoutaient des substances dans ce que je mangeais, ce qui me rendait plus fort. J'allais dans une sorte d'école ou un professeur s'occupait de m'enseigner toutes les matières. On testait mes capacités physiques dans une salle gigantesque remplie d'instruments qui mesuraient mon rythme cardiaque, qui analysaient mon sang et que sais-je encore. Au final, ils m'ont donné toutes les clefs nécessaires à mon évasion. Je ne voulais pas continuer... ce n’était pas possible. Je voulais revoir le Soleil.
Absolument. Et puis je me suis battu. Les arts martiaux qu'ils m'avaient appris m'ont pas mal servi. Et je suis sorti hier. Et j'ai couru, le plus loin possible pour ne plus retourner dans cet Enfer. Tu comprends ? Je ne savais pas ou aller, je ne savais pas tout ce qui s'est passé depuis 11 ans. Et je t'ai vue su la route, au moment ou j'allais abandonner...
Qu'est ce que je pouvais bien répondre à quelqu'un que ses parents avaient vendus contre une grosse somme d'argent et que l'on avait utilisé pour faire des expériences ?
Je repris sa main dans la mienne, et le regardais jusqu'à ce qu'il relève la tête.
Il n'y avait rien à dire, face à ça les mots ne servaient plus à rien.
Je me plonge dans ses yeux et oublie que je ne suis qu'une fille perdue dans un monde ou on oublie trop facilement que la vie est précieuse.
Je le regarde. Il me regarde. Et je comprends ce que ses mots n'ont pas voulu dire.
La peur de l'homme en blanc. La peur du noir. La douleur omniprésente. La violence qui l'envahissait lorsqu'il prenait conscience de sa passivité. Le besoin jamais assouvi de liberté.
- Je t'emmène voir mes parents.
Je me lève et l'invite à me suivre dans les étages de la maison. Je tourne à gauche et entre dans leur chambre. Maman me regarde de ses yeux clairs et s'approche d'Arthur. Papa dort. Il est plus faible que Maman.
- Je te présente Arthur. C'est un garçon que j'ai rencontré.
Maman ne dit rien. Ses mains volent dans ma direction. Elle ne peut plus parler depuis plusieurs mois déjà. Je traduis pour Arthur.
- Elle dit qu'elle est contente de voir. Elle est désolée de ne pas pouvoir te parler en direct.
Mais Arthur a déjà répondu. Ses mains ont l'air de connaître le langage de celles de maman.
- Bonjour, dit-il. Heureux de faire votre connaissance.
J'interviens, parce que je sais que Maman a les sacs à préparer pour elle et pour Papa :
- Viens Arthur, je vais te faire visiter... A tout à l'heure, Maman !
Nous ressortons de la chambre et Maman referme derrière nous.
Au lieu de faire visiter toute la maison à Arthur, ce qui n'a pas beaucoup d'intérêt, je l'emmène dans ma chambre. C'est la pièce la plus étrange de la maison. Par je ne sais quel miracle, la pièce est ronde. Les murs sont peints en jaune foncé, mais personne ne le sait. Normal, j'en ai recouvert la moitié avec de grands morceaux de papier blanc que je griffonne selon mes envies. L'autre moitié est recouverte de grandes étagères remplies de livres. Livres qui trainent aussi par terre. D'énormes coussins très confortables accueillent mes heures de lecture. Un grand lit moelleux me tend les bras... Mais j'adore aussi la vue que j'ai de ma fenêtre : d'un coté, la forêt, sombre, mystérieuse, et de l'autre, les champs, qui en été, ondulent au moindre coup de vent, me donnant l'impression de surplomber une mer d'épis dorés. Je m'assois dans un coussin violet. Arthur regarde les dessins. Je vois ses yeux s'agrandir. Je sais que ce que je fais choque parfois les gens. La plupart de mes dessins sont des scènes d'apocalypses. Je me sens plus à l'aise avec le désordre d'un massacre qu'avec la tranquillité d'un paysage. Dessiner des personnages me fascine, c'est quelque chose dont je ne peux pas me passer.
Il se tourne vers moi. Je sais qu'il ne posera pas de question. Mais je vais répondre quand même.
- Je ne sais pas pourquoi je dessine comme ça. Ça me permet de me défouler, c'est tout. Chacun trouve un exutoire à sa colère.
- Et... tes parents ?
- Mes parents...
Mes yeux se perdent dans le vide. Il s'agenouille en face de moi.
- Ils sont atteints d'une maladie incurable et mortelle. Ils perdent tous leur sens. En premier, le gout, et puis l'ouïe... Et ainsi de suite... - Ils vont décliner peu à peu, et leurs organes mourront un à uns... C'est pour ça qu'ils ont décidé de partir maintenant à l'hôpital. Maman m'a expliqué qu'il leur restait au mieux 5 mois, et au pire quelques semaines. Je ne sais pas ce qui est le pire : que je sache qu'ils vont mourir, ou que ce ne soit pas encore fait. Bref... Ils ne veulent pas que j'aille les voir à l'hôpital... Je sais que Maman fait beaucoup d'effort pour rester celle qu'elle était pour moi. Mais elle à bout de force, elle va s'effondrer. Papa ne fait plus que dormir, et ça fait plusieurs mois que ça dure. Voila...
Je sais que ma voix est triste. Je ne peux pas l'en empêcher, c'est beaucoup plus fort que moi. Arthur me regarde de ses yeux blancs. Il ne dira rien, j'en suis certaine. Il ne peut pas savoir ce qu'il faut dire, et ce qu'il a vécu est pire que ce que je vis moi. Je prends un des livres qui trainent autour de moi et joue avec, pour m'occuper les mains. La voix d'Arthur interrompt leur ballet.
- Lyom... Est ce que tu te souviens de la voix de ta maman ? Du sourire de ton père ? De leur façon de se tenir la main ? Leurs regards qui se posaient sur toi, des repas à table, des fous rires, de promenades... Est-ce que tu te souviens de tout ça ?
J'acquiesce... Je me souviens. La lumière qui tombait sur le visage de Maman, les grains de poussières qui dansaient dans l'air du soir. Je revois Papa dans le jardin, ses mains fines qui essayaient de me montrer comment construire un abri pour les oiseaux. Le sang qui avait coulé de la toute petite blessure qu'il s'était fait a l'index gauche.
- C'est de ça dont il faut se rappeler, Lyom, de ça et de rien d'autre. Je n'ai presque plus aucun souvenir de mes parents, à part quand ils m'ont amené au laboratoire. Je me souviens de leurs faux sourires, de la cupidité qui brillait dans leurs yeux quand ils pensaient à ce qu'ils allaient empocher. Crois-moi, se souvenir de ça est pire que tout.
Sa main a prise la mienne, et ses doigts massent les miens. Leur mouvement m'apaise. Il m''apprend à me taire, c'est drôle. Je m'allonge sur mon grand lit parce que sans savoir pourquoi, je suis épuisée. Arthur choisit un des grands coussins violets. Nous sombrons peu à peu dans un sommeil comateux.
Trois grands coups frappés à la porte d'entrée me sortent de mon apathie.
Je me levais, sachant d'avance qui j'allais trouver.
Les ambulanciers allaient emmener Papa et Maman.
Lorsque la porte s'entrouvrit, me faisaient effectivement face un homme aux grands yeux sombres et une jeune femme minuscule dont la chevelure brune cascadait sur ses épaules. Elle avait l'air très gentil. Je les fis entrer et appelais Papa. Maman et lui descendaient les escaliers, un drôle de sourire plaqué sur le visage. Ils ne voulaient pas que leur départ soit triste.
- Nous y allons, dirent les mains de Maman.
Elle posa m'entoura de ses bras, une dernière fois. Ses mains me lisaient les cheveux. Je sentais qu'elle mettait tout son amour des ses mouvements. Papa nous a rejoins. Ils nous entouraient de ses bras frêles, Maman et moi.
J'avais une conscience aiguë du temps qui passait. Des derniers moments que je passais avec eux.
Ils avaient néanmoins tout prévu pour moi : j'avais été adoptée d'avance par un de mes lointains oncles, qui vivait dans l'une des régions les plus éloignées du globe. Je peux donc rester seule pendant un bout de temps avant de le rejoindre. De toute façon, il faudrait d'abord que je prévoie un avion ou un bateau pour arriver chez lui... et puis il n'avait pas le téléphone et la poste était à plusieurs jours de marche. Il ne m'attendait donc pas avant plusieurs mois et les autorités n'avaient que faire de moi et des mes futures tribulations. J'avais décidé de ne pas partir avant le mort de mes parents.

Maman et Papa étaient partis. Et ils m'avaient interdit de venir les voir. Je ne saurais rien d'eux jusqu'à ce que l'on m'annonce leur mort.

Arthur regarde mes yeux. Mes yeux qui pleurent. Les larmes qui coulent. Les quitter maintenant... C'était comme s'ils venaient de mourir.
Il tendit la main vers ma joue et cueilli du bout des doigts une de mes larmes. Il observa la lumière qui passait au travers. La lumière qui déjà baissait. C'était le soir. La larme renvoyait sur les murs de ma chambre des rayons orange et rouges.

Mes larmes se calmaient d'elles-mêmes. Que pouvais-je faire contre leur départ ?
Rien... Alors je ne devais pas m'apitoyer sur moi-même...

La nuit était tombée, désormais. J’avais préparé à manger pour Arthur et moi.
Nous mangions devant la cheminée, le regard tourné vers les flammes qui m’hypnotisaient presque.

J’ai tout décidé. Je partirais avec Arthur chez mon oncle.
Je ne l’ai vu qu’une fois, mais je m’étais sentie proche de lui… Il était à la fois gentil et accueillant. Je ne savais pas en quoi consistait exactement son métier, mais il était ravitaillé par l’Etat, et un grand laboratoire jouxtait sa maison. Le tout était perdu au plein milieu d’une gigantesque forêt, que l’on avait plantée d’innombrables essences lorsque l’on avait pris conscience que les Hommes avaient absolument besoin de la nature pour survivre. On avait donc utilisés les dernières forêts pour replanter une grande surface de la Terre.
Mais certaines plantes, sous l’effet de la pollution, avaient « mutées », jusqu’à devenir totalement incontrôlables. La forêt replantée avait alors pris une ampleur considérables et plus personne n’osait s’y aventurer.
Mis à part mon oncle qui, lui, s’y était carrément établi. Quelques expéditions s’aventuraient parfois, et c’était lors de l’une de ces expéditions que j’avais vu mon oncle pour la première et dernière fois.

Je sens l’eau couler sur moi. Maman, quand elle avait conçu la salle de bain, en avait banni la couleur blanche. Pas même la baignoire ou l’évier n’étaient blancs. Non, elle avait tout fait faire sur mesure, demandant du vert, du jaune, du carrelage d’un rouge presque marron… Je me souvenais qu’elle m’avait employée, alors que j’avais à peine 7 ans, pour poser le carrelage.
Nous avions beaucoup ris, ce jour là. Chaque fois que je posais un carreau, elle passait derrière moi pour le remettre bien droit. Je riais avec elle…
Il faut surtout que j’arrête de penser à mes parents. Je dois arrêter !
Mais c’est tellement difficile ! Je ne veux pas oublier leur façon de vivre mais je ne veux pas non plus me laisser abattre par la tristesse.
Je termine de me laver pour laisser la place à Arthur et retourne dans ma chambre. Je me roule en boule dans mon lit.
J’étais dans cette position là, lorsque Maman me portait encore dans son ventre. Je devais sentir la main de Papa lorsqu’il me caressait à travers la peau de Maman.
Les larmes coulent de nouveau, elles ne veulent plus s’arrêter, et je n’y peux rien ! Je suis tellement impuissante contre elles, comme je le suis face à leur départ, face à leur maladie, face à leur mort et face à ma propre vie.
J’en ai presque peur : mes parents m’ont légué une part de leur vie, et ils m’ont bien fait comprendre que j’étais une façon pour eux de survivre. Mais est-ce que j’étais qualifiée pour ça ?
Moi qui m’étais mise à parler pour combler le vide qu’ils laissaient, moi qui ne connaissais rien à la ville, moi qui n’avais aucun ami de mon âge parce que j’étais bien trop différente d’eux. Moi qui venais de laisser mes parents partir vers leur mort…

Je sais que je rêve. Maman m’avait expliqué que tout le monde ne pouvais pas faire la différence entre le rêve et la réalité, et que c’était quelque chose d’assez étrange. Mais moi, j’aime cette sensation : savoir que rien n’est réel et que même si ce que je ressens est fort, à mon réveil, il n’en restera plus que le souvenir.
Quelqu’un me regarde. Une personne étrange. Ses yeux sont aussi blancs que ceux d’Arthur. Je ne peux pas savoir ou il regarde. J’en ai peur sans savoir pourquoi. Assis en tailleur, il est habillé d’un long manteau à capuche. Je le regarde sans impatience.
Le temps passe, ses yeux semblent se fermer peut à peut. J’attends, sans savoir quoi. Une fois ses yeux fermés, je sens l’air autour de moi frémir.
Tout autour de moi, se mettent à pousser d’immenses plantes aux couleurs chatoyantes. Elles grandissent sans interruption, envahissant tout l’espace disponible.
Au moment ou nous sommes tous deux entourés de plantes toutes plus verdoyantes les unes que les autres, il ouvre les yeux brutalement.
Ils sont devenus verts, verts clairs. Des pupilles fendues sont réapparues en plein milieu de ces iris dont la couleur me parait surprenante.
Un vert que je qualifierais de chlorophyllien, que je n’avais jamais vu sur qui conque auparavant.
Je le regarde encore. Sa voix retentit alors, à peine chuchotée mais plus forte que le bruissement des arbres qui poussent :
- Nos yeux sont un reflet de la réalité…

Et sur ces paroles énigmatiques, un hurlement me réveille en sursaut. Arthur, qui s’était endormi dans ma chambre, dans l’un des coussins, crie de toutes ses forces. Je me précipite. Son corps est tendu, raide. Son visage est crispé, et le cri qui sort de son corps n’a rien d’humain.
J’ai l’impression d’entendre les hurlements de tous les damnés des l’Enfers.
Les rayons de la Lune éclairent son visage, l’éclairant d’un petit éclat morbide. J’ai terriblement peur pour lui.
- Arthur ? Qu’est ce qui t’arrive ? Qu’est ce qui se passe ?
Il ne réagit pas. Rien n’indique qu’il m’entende. Je prends son bras et je serre. Je serre jusqu’à ce que son regard perde de sa fixité effrayante. Il tourne la tête vers moi et se remets à pleurer.
Je le prends de nouveau dans mes bras, et il se calme. J’essuie ses joues du revers de la main et le rassure du regard.
- Je suis désolé, me dit-il, j'ai retrouvé la lumière du jour avec plaisir mais j'ai vécu dans le noir au laboratoire... J'ai... eu peur, je suis désolé...
- Ce n’est rien… Repose-toi maintenant. Je suis juste à coté de toi. Si tu as besoin de quoi que ce soit tu as juste à me réveiller.
Il agrippe mon poignet. Il sert fort, aussi fort qu’il a peur. Et… euh… ça fait un peu mal quand même !
- Reste là, me supplie-t-il, reste là…
- D’accord, d’accord… Je reste, dis-je en m’asseyant.
Il ne lâche pas mon poignet. Mais je n’en ais rien à faire, je veux juste que sa peur cesse, rien de plus –et rien de moins.
Au bout d’un moment, ses yeux se fermèrent et son étreinte se relâcha. Je retirais mon poignet, et regardais son visage que je voyais détendu pour la première fois depuis que je l’avais rencontré. J’avais peine à croire que ça faisait à peine quelques heures.
Sa peau était presque transparente maintenant que je la voyais avec l’éclairage de la Lune. Ses veines apparaissaient en transparence, mais elles étaient noires.
Je remarque soudain de fines lignes droites qui suivent le contour de ses yeux, de sa bouche et son nez, quadrillant ses joues, son front et son menton.
Qu’est ce que ça peut bien être ? Des séquelles des opérations qu’il a subies ? Des marques de naissances ?


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MessageSujet: Re: Le garçon aux cheveux blancs    Dim 18 Déc - 14:52

Petit conseil:
Ne mets pas de "!" dans le titre.

Alors, pour la suite, disons j'aimeuh ! xD
Elle serait pas un peu méchante? Parce quand elle pense "Mais je n'en ai rien à faire"...
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onolya



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MessageSujet: Re: Le garçon aux cheveux blancs    Dim 18 Déc - 15:18

Mouala y a pu de !
Nan... elle s'en fiche d'avoir mal au poignet...
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Elzalma



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MessageSujet: Re: Le garçon aux cheveux blancs    Dim 18 Déc - 15:26

Ah okay !
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MessageSujet: Re: Le garçon aux cheveux blancs    Dim 18 Déc - 15:33

Eh oui, c'est la gentillesse incarnée cette fille ^^
Pas comme moi ^^
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MessageSujet: Re: Le garçon aux cheveux blancs    Dim 18 Déc - 15:43

Ah okay !

Méchante !
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MessageSujet: Re: Le garçon aux cheveux blancs    Dim 18 Déc - 15:45

Oui maman... t'avais qu'a mieux m'éduquer XD
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MessageSujet: Re: Le garçon aux cheveux blancs    Dim 18 Déc - 15:47

Je t'ai adoptée. C'était à celles d'avant de t'éduquer ! xD
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MessageSujet: Re: Le garçon aux cheveux blancs    Dim 18 Déc - 15:52

mouais... pas faux... mais pas vrai non plus ^^
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MessageSujet: Re: Le garçon aux cheveux blancs    Dim 18 Déc - 16:24

Mouais...
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MessageSujet: Re: Le garçon aux cheveux blancs    Dim 18 Déc - 18:19

T'es quand même responsable de moi maintenant alors fait un effort s'il te plait ! Je veux qu'on m'éduque ! Ca m'évitera de dire que des bêtises...
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Le garçon aux cheveux blancs

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